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Fabrice Luchini à Villejuif : coitus interruptus !

Ce vendredi 6 janvier était marqué d’une croix blanche dans mon agenda. Le grand Fabrice Luchini, l’acteur qui tutoie Molière et Johnny Hallyday, descendait ses guêtres de saletimbanque dans une banlieue communiste, Villejuif. Le mélange des genres méritait d’être savoureux.

Le théâtre Romain Rolland recevait l’acteur germano-pratin dans ses lectures d’Hugo, La Fontaine et Baudelaire. Ainsi, Fabrice Luchini délaissait les beaux quartiers, en particulier le théâtre de l’Atelier où le tout Paris courrait l’admirer, pour se laisser contempler par le petit peuple, les gens de banlieue. Dès le début, l’acteur a moqué son propre orgueil : "Je suis un artiste de gauche, je viens jouer dans une banlieue rouge". Le public de Villejuif vivait, d’après le cliché que le comédien aimait (ce soir-là) véhiculer, entre gens de gauche, solidaires, mélanchonistes, fiers de leur prolétariat. Tous les poncifs de la lutte des classes y passaient. L’artiste prenait un malin plaisir à railler le politiquement correct de gauche. France Inter était moquée pour ses animateurs de gauche "mensualisés", qui croient diminuer la fracture sociale à coups de bons sentiments. Ça tapait dur, ça tapait sec. Les saillies du sieur Luchini mouchaient juste.

Tout portait à croire que cet homme-là était partout dans son élément. Il pouvait quitter son 240 m2 du 6ème arrondissement pour jouer le révolutionnaire d’un grand soir à Villejuif. Il faut dire qu’il ne s’économise pas devant le petit peuple. Il donne des textes ardus, particulièrement des fables de La Fontaine, avec une diction impeccable. Il manie avec maestria la carotte et la bâton, tel un professeur dont on aurait tous rêvé. La carotte, ce sont bien-sûr ses traits d’esprits, récréations dans une langue qu’on ne pratique plus.

François Hollande est venu me voir. Ils sont tous venus. Sarkozy est venu trois fois, pour bien comprendre. J’ai eu Bayrou. Besancenot aussi. François Hollande m’a dit : "Mais comment tu fais ? Tout le monde t’écoute." Je lui ai répondu "Les textes, François, les textes !".

Bref, Luchini tenait la salle. Il reprenait la fable Les Femmes et le Secret de La Fontaine.

"La femme neuve sur ce cas, Ainsi que sur mainte autre affaire" Elle est neuve, je croyais que ça voulait dire pucelle. Non, elle est conne ! Fabrice Luchini

Soudain, on a entendu des insultes "Va te faire enculer" venant d’au dessus de la scène, suivi de bruits de gens qui courent.

Fabrice Luchini qui était en pleine tirade s’est interrompu. Sonné, déconcentré. Reprenant ses esprits, il a demandé au directeur du théâtre de faire inspecter les lieux et de ne pas le laisser seul sur scène.

L’acteur a fait preuve d’une belle réactivité en reprenant La Fontaine en verlan, interpellant les fauteurs de trouble. Lui, le mecton de la Goutte d’Or n’allait pas se laisser impressionner. Ainsi, il nous a offert une petite séquence revival des années 90 où le comédien faisait déjà glousser les plateaux télé de son audace.

Mais face à cet incident, le cœur n’y était plus. Une personne du public a argumenté que c’était la première fois qu’un tel incident se produisait ici. Vraisembablement, le comédien n’était pas directement la cible du chahut. Tout était rentré dans l’ordre. Mais rien n’a pu le faire changer d’avis. La magie du spectacle venait d’être brisée.

Et pourtant, malgré le fait qu’il ait été déconcentré, Fabrice Luchini nous a fait la politesse de remplir son contrat moral : il nous avait promis de nous parler de Johnny, il nous en a parlé. Il a fait une dernière fois se gondoler la salle avec sa capacité à raconter une anecdote relativisant son spectacle.

Enfin, il nous a prévenu. Il faut qu’Hollande fasse gaffe : la sécurité c’est important. Ce n’est pas une valeur à prendre à la légère.

La direction du théâtre de Villejuif a bien compris la leçon. Elle s’engage à faire condamner la trappe qui a permis aux chenapans de squatter au dessus de la scène du théâtre.

On en parle dans la presse : Le Parisien et Gala. Par contre, soyons clair : les "jeunes" ont bien crachés sur la scène. Mais Luchini n’a pas été visé par des crachats. Nuance.

MAJ : la réponse d’Alexandre Krief, directeur du théâtre de Villejuif, parue le 9 janvier 2012 sur son Journal de bord et intitulé "Ce qu’il s’est exactement passé le soir du spectacle de Fabrice Luchini"

"Vendredi 6 janvier, pendant le spectacle de Fabrice Luchini, 4 adolescents ont réussi à grimper sur le toit du théâtre et à ouvrir une trappe à usage technique, à 8 mètres au-dessus de la scène. Il y a eu 4 crachats. Aucun n’a atteint Fabrice Luchini. Un brouhaha et 2 insultes.

Après les 2 premiers crachats on a cru à une fuite d’eau. Après avoir entendu les voix, des techniciens du théâtre sont montés sur le toit et les auteurs des faits se sont enfuis. Vu leur jeunesse et vu l’endroit où ils étaient, ils ne comprenaient sûrement rien à ce que disait Fabrice Luchini. Mais le comédien, seul en scène, investi à 200%, a été profondément choqué et a du écourter son spectacle. Il est probable que ces actes honteux visaient "l’institution" que peut représenter notre bâtiment et non pas Fabrice Luchini lui-même. Ses propos politiques étaient bien entendu à prendre dans le cadre d’un spectacle, par un artiste iconoclaste qui adore déranger les idées reçues.

L’équipe du théâtre a été abasourdie par l’événement mais a réagit assez vite pour que cessent les troubles. Si techniquement le spectacle aurait finalement pu continuer sans heurt, il faut comprendre la violence avec laquelle Fabrice Luchini a reçu tout cela. Il a juste trouvé la force de rajouter quelques bons mots et de saluer.

Je tiens à présenter toutes mes excuses à Fabrice Luchini ainsi qu’aux spectacteurs, très déçus par la brièveté du spectacle."

L’ironie de l’histoire : pendant toute la représentation, Fabrice Luchini s’est vanté d’être un vrai acteur de gauche, venant jouer dans une banlieue du "Parti de Gauche". L’acteur engagé, qui prend des risques, a filé à l’anglaise, bien entouré, craignant de finir en Kebab sauce Baudelaire.
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