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Médias - mardi 19 septembre 2006

Ruquier 1 Fogiel 0

« On n’est pas couché » contre « T’empêche tout le monde de dormir ». L’insolence venait bien évidemment de Ruquier. Des invités en promo comme partout, mais avec un ton enlevé, voire hargneux. Avec un super joker, Florence Foresti caricaturant Ségolène Royal. Jouissif !

Mardi dernier, Fogiel tenta de nous réveiller avec son clone d’ONPP, ou plus exactement ONPPATLM : On ne peut pas plaire à tout le monde. Cela faisait bien longtemps que j’avais déserté le plateau de Marc-O, comme je faisais l’impasse sur Ardisson. Et voilà que, samedi dernier, Ruquier enfile les chaussons d’Ardisson. Même production (Ardisson), même plateau, même oreillette. Et un nom d’émission fort similaire à celui de Fogiel. Qui a piqué l’idée à l’autre ? L’histoire ne le dit pas.

A la télé comme en chimie : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » [1]

Le principe de l’émission est simple : chaque invité joue l’accusé puis l’accusateur. Décidément, le succès est suspect. Le pipole doit sûrement de nous cacher quelque chose. Cauet inspecte le rythme cardiaque. Fogiel joue la carte de la dénonce populaire, avec ses SMS surtaxés de rumeurs. Or, rappelez-vous les débuts de Tout le monde en parle. Thierry Ardisson et le trublion Laurent Ruquier y recevaient des pipoles qui étaient tour à tour accusé puis accusateur. Avec autant de récup’, on va forcément sauver la Terre !

La formule est donc vieille. Mais les propos étaient, heureusement, nouveaux. Les chroniqueurs sont Jean-Luc Lemoine, Eric Zemmour, et l’increvable Michel Polac. Les pipoles-clés sont Jean-Louis Murat, Christine Angot, Michèle Bernier, Elisabeth Guigou et Pierre Arditi. Viennent ensuite les pipoles de seconde zone, ceux qui ne pourront rester sur le plateau : Florence Pieau, rédactrice en chef de Closer, Arno Klarsfeld et Charles Berling pour parler des régularisés, Jean-Claude Brisseau pour Les anges exterminateurs, Grand Corps Malade pour son album et le peintre Robert Combas. Et pour incarner « L’invité(e) qu’on n’a pas pu avoir », la talentueuse Florence Foresti (ça j’en ai déjà parlé -> l’article).

Evidemment, pour la rédac-chef de Closer, ce fut du dégommage. J’apprends que Closer n’est pas un magazine pipole mais « un féminin de divertissement ». Et c’est le début de la langue de bois. En gros, vous ne pouvez pas dire que c’est de la merde puisque nous avons beaucoup de lecteurs. « C’est très méprisant pour les gens qui le lisent ». Traiter un journal, ce n’est pas critiquer les lecteurs. C’est comme pour le Front national. Il est bon de détruire par tous les moyens l’idéologie frontiste, mais il est contre-productif de traiter ses électeurs de cons.

Secret Angot

Quel est le secret de Christine Angot ? Même en plein bonheur, on l’imagine bien en train de se prendre la tête. J’aimais bien Christine Angot. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir avec Les autres, Eléonore, toujours. Un écrivain naissait. Depuis, elle n’a de cesse de revisiter sa vie et de la mêler à celle des autres : L’inceste, Quitter la ville, Pourquoi le Brésil. Elle ne vit plus que pour ses prochains « romans ». Et il est difficile de ne pas sourire face au pitch de son dernier roman : elle y raconte son aventure avec un banquier marié qui en a une grosse (fortune ?). C’est tout de même autre chose que le petit Proust à l’ombre des jeunes filles en fleurs. Madame Angot n’invente pas la vie. Elle la vit puis l’écrit. Même si elle fantasme parfois, elle dit toujours la vérité. « Le livre est le seul endroit où l’on peut dire les choses comme elles sont ». Soit ! Mais si c’est pour retrouver du pipole dans le roman, Christine ne fait-elle pas le même métier que Closer, du féminin de divertissement ?

Christine Angot n’est pas la seule à friser le ridicule ce soir-là. Charles Berling vient lui prêter main forte. Et quelle poigne ! Il vient défendre les expulsés de Cachan. Il est remonté comme jamais, bien décidé à en découdre avec Arno Klarsfeld et le manque d’humanité de ces concitoyens. Il le sait maintenant, il fait parti, comme Emmanuelle Béart, des vrais résistants. Il a d’ailleurs subi des pressions, reçu des lettres d’insultes. Bref Berling dérange. Malheureusement personne ne l’a prévenu. Pour débattre en société, il faut boulonner ses arguments. On ne doit pas seulement arriver avec sa sensibilité d’artiste pour traiter du problème de l’immigration. Face aux attaques d’Eric Zemmour et d’Arnaud Klarsfeld, le beau comédien s’effondre petit à petit. Il crie ses compétences : « Je suis un citoyen ! ». Son esprit visionnaire : « J’ai vu une réalité humaine ». Et le meilleur pour la fin : « y’a une dérive sur la démocratie », c’est ce que j’appelle de la véritable andouillette philosophique. Il y en a assez de ces artistes qui découvrent la misère, et se croient pousser des neurones.

Ruquier, très en verve a bien assuré. Son cocktail « débats de société avec des vrais morceaux de pipoles » m’a bien remonté.

Notes :

[1] Le saviez-vous ? On attribue cette formule à Lavoisier. Rappelons que cet homme découvrit la composition de l’air et de l’eau, le rôle de l’oxygène dans les combustions et dans la respiration, et effectua les premières mesures calorimétriques. Chapeau ! Mais politiquement, il fut fermier général et collecteur d’un impôt parisien. Donc impopulaire. Il fut guillotiné ! Merci la révolution !

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