
René Goscinny
Sous le titre, Profession humoriste [1], le service public faisait son travail : nous présenter la biographie d’un français audacieux, René Goscinny. Car si, aujourd’hui, il est clair que l’on peut vivre en exerçant la profession de scénariste de bandes dessinées, en 1951, quand Goscinny se lance dans l’aventure, le scénariste n’était que le faire-valoir du dessinateur.
« Quand j’ai entendu dire : “Le métier de scénariste ? C’est à la portée du premier imbécile venu”, j’ai compris que j’avais trouvé ma voie. » René Goscinny
Dans le documentaire, René Goscinny ne se cache pas de son beau passé. Il fut un excellent élève, ce qui est en complète contradiction avec le cliché de l’humoriste, chenapan détestant l’ordre établi et l’autorité, et plus encore les études. Goscinny raconte qu’il est un grand angoissé, et que cette angoisse est sans doute à l’origine de sa volonté de très bien faire.
Alors évidemment Goscinny, c’est Astérix, Lucky Luke, Iznogoud, les gigantesques Dingodossiers, le petit Nicolas. Donc respect. Mais c’est aussi Pilote !
Fondateur, avec Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo, de l’hebdomadaire Pilote en 1959, il va en faire un véritable laboratoire, et révéler au monde ébahi une foultitude de talents, en fait quasi tous les grands auteurs qui ont compté, et comptent encore, dans les années 70 et 80 : Gotlib, Reiser [2] , Cabu, Bretécher, Mandryka, Druillet, Tardi, Giraud, Mézières, F’Murr, Fred, Bilal, etc.

- René Goscinny et Marcel Gotlib
C’est sans doute le succès d’Astérix, cet intrépide Gaulois, mascotte créée pour le journal qui va assurer la pérennité financière du journal.
« Astérix a failli ne pas naître. Nous avons créé Astérix pour le journal Pilote, que nous avions fondé. Il nous fallait créer une histoire. La première idée que nous avons eue était de moderniser Le Roman de Renart en BD. Nous avons fait une page qui nous plaisait bien, et nous avons appris que quelqu’un venait de faire quelque chose de tout à fait similaire. Nous avons cherché autre chose, qui a été Astérix. Les études de marché prouvaient alors que le héros devait être jeune et beau pour que le lecteur puisse s’identifier, qu’il fallait traiter de problèmes actuels plutôt qu’anciens. Demander à quelqu’un ce qu’il aimerait, c’est déjà fini, puisque nous sommes là pour surprendre le lecteur. S’il connaît les histoires avant nous, ça ne lui plaira pas. Personne ne peut prévoir les succès. (...) On s’est simplement dit : ça va être marrant de prendre des Gaulois et des Romains, deux groupes antagonistes. Les Gaulois étant moins nombreux et moins forts, on leur donnera un druide qui fabrique une potion magique... Et c’est parti comme ça, sans autre idée préconçue. » [3]
Déjà, à l’époque, les études de marché dictaient leurs lois. C’est en inventant un personnage inédit, petit et râleur, beaucoup moins sympathique que son dodu compagnon, Obélix (livreur de menhir, ah ah ah !), que la série va enchanter son public. Après, c’est la succès story : traductions dans de nombreux pays, ventes records. Seul échec : le studio de dessin animés, Studio Idéfix, directement inspiré des studios Walt Disney, mettra la clé sous la porte.
« Un scénario René Goscinny est un scénario propre.
Un scénario René Goscinny fait toujours rigoler.
René Goscinny, Paris 16ème.
René Goscinny, le scénariste de Paris que la Seine-et-Oise nous envie »
Sources : site officiel, France 5, Le Nouvel Obs, Wikipedia, Damned Productions.
Article précédent : La Cour des Comptes fête son bicentenaire.
Article suivant : Monty Python : Bicycle repair man
[1] Documentaire de 1999, la Sept-Arte, diffusé sur France 5, le 08/11/07 à 20h41, rediffusion le 22/11/07 à 1h17
[2] Gotlib raconte dans le documentaire que Reiser travaillait au départ comme scénariste, bien qu’il dessinait déjà. Et c’est Goscinny qui décida de publier telles quelles les planches de Reiser. Tollé ! "Des gribouillages dignes d’un enfant" diront les critiques. Des années plus tard, Reiser est un classique.
[3] Les Cahiers de la bande dessinée n° 22 et supplément au n° 125 des Inrockuptibles, qui reprend la Radioscopie de Jacques Chancel du 18/02/1972 et les personnages d’une vie de Monique Lefebvre et Claude-Jean Philippe, réalisé par Claude de Givray.




