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Politique - jeudi 9 novembre 2006

Quelque chose de Kennedy

Jean-Jacques Servan-Schreiber nous a quittés. Quand un moderne disparaît, la France prend un coup de vieux !

Jean-Jacques Servan-Schreiber, dit JJSS, est mort le 7 novembre 2006 à l’âge de 82 ans. Les médias saluent justement l’homme de presse, fondateur (à 29 ans !), avec Françoise Giroud, de L’Express - 1er Newsmagazine français. Il faut dire que JJSS n’est ni un novice, ni un prolétaire : son père et son oncle dirigent Les Echos et le soutiennent financièrement en 1953 pour fonder son magazine.

JJSS n’est pas non plus la moitié d’un con... A 19 ans, il entre à Polytechnique (1943). A 23 ans, il est engagé au Monde, et devient, deux ans plus tard, le plus jeune éditorialiste de politique étrangère de la presse française.

L’Express sera le soutien médiatique de Pierre Mendès France, l’une des signatures du journal, parmi Mitterrand, Sartre, Mauriac et Camus.

"JSS ASSURE L'AVENIR" ET SA COIFFURE !

"Kennedillon" [1]

Il rencontra a plusieurs reprises John F. Kennedy, avant que celui-ci n’accède à la Maison Blanche. Très cultivé en ce qui concerne l’économie américaine, il fera un succès en librairie en publiant, en 1967, Le Défi américain. Giscard d’Estain lui attribue la paternité du terme "Réforme" (3). On peut en douter, puisque le terme date de 1640 [2]. Mais JJSS fut le leader du mouvement réformateur. Dans La crise de l’intelligence [3] , Michel Crozier fait référence à cette époque et il doute fortement de sa volonté réelle de reformer :

« JJSS arriva avec une heure de retard et l’aura d’un homme qui venait de recevoir pendant l’heure précédente l’accolade du vénérable Edouard Daladier, qui lui passait le flambeau du parti le plus prestigieux de la tradition républicaine [4]. Dans ces circonstances inattendues, j’eus - on le conçois - du mal à exposer mes idées par trop "simplistes". Deux thèmes forts seulement vous permettront de vous démarquer dans un sens positif, disais-je, une véritable décentralisation et la réforme du sytème des grandes écoles et des grands corps. Il m’écouta mais d’une oreille distraite, pour conclure que c’était intéressant, certes, mais ne répondait absolument pas à l’attente de la société. Ce qu’il fallait, c’était trouver et imposer la troisième voie entre le capitalisme et le socialisme. Il nous reprochait, à nous pauvres intellectuels, de ne pas être à la hauteur de ce défi fondamental. La rencontre se termina sur un constat de dépit mutuel. » [5]

La troisième voie, Bayrou la cherche encore...

Enfin on notera la délicatesse de L’Express envers son fondateur, qui nous informe que Jean-Jacques Servan-Schreiber était atteint d’une "forme de dégénérescence qui affectait sa mémoire". "Mais il était tout à fait conscient, lisait la presse et relisait les grands livres" explique son fils Franklin. Or, ses derniers mots furent pour demander qui était Ségolène Royal... A quoi ça sert de lire la presse, si c’est pour rien retenir ?

Sources :

(1) Sa bio sur wikipedia

(2) "Jean-Jacques Servan-Schreiber", Patrick Jarreau, Le Monde, 08/11/06, p.32

(3) "JJSS ou l’itinéraire d’un homme trop pressé", Anne Fulda, www.lefigaro.fr, 08/11/06 -

(4) "La mort de Jean-Jacques Servan-Schreiber", Eric Lecluyse, www.lexpress.fr, 07/11/06

Notes :

[1] C’est François Mauriac qui baptisera JJSS "notre Kennedillon"

[2] Le Petit Robert, 1987

[3] La crise de l’intelligence, Essai sur l’impuissance des élites à se réformer, Michel Crozier avec Bruno Tillette, Points Essais, 1995

[4] Il s’agit du parti radical, qui a fusionné depuis dans l’UMP, et qui s’est séparé depuis 1972 de sa frange gauche, le PRG (Christiane Taubira)

[5] La crise de l’intelligence, pp.30-31

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