
Phrases gardées (3)
En mars 2007, Technikart, le magazine culturel des branchouilles, sortait un maxi-dossier intitulé :
Putain... Mais pour qui on va voter ?
Destiné à leur coeur de cible, les trentenaires de gauche bossant dans les médias, ou nouveaux précaires (au choix !), ce dossier faisait un magimix des attentes forcément déçues et des promesses stériles. Dans ce capharnaüm électoral, Virginie Despentes livrait une interview [1] galvanisante !
Virginie, cette présidentielle te passionne-t-elle ?
Dans le genre grand drame historique en feuilletons, on ne peut se plaindre ni du casting ni du scénario.
Ségolène Royal est-elle vraiment catastrophique ?
C’est une question un peu stupide, mais ni innocente, ni isolée. Vous êtes nombreux à vous la poser, voire à vous obséder avec ça. Pourtant, à part ne pas être un homme vieux et blanc, elle ne se démarque en rien des autres. Cependant, presse radio et télé, vous vous êtes pour le moins acharnés à la construire en tant que personnage à part. Est-ce que vous n’êtes pas, vous, les journalistes, un peu catastrophés d’être à ce point de vieux beaufs réacs ?
Des gens autrefois à gauche avouent aujourd’hui leur sympathie pour François Bayrou ou Nicolas Sarkozy. Quel avis as-tu sur ce virage ?
Depuis 1981, il a fallu se fader toutes ces tanches sans éthique fixe et à vue courte qui, brutalement, se voyaient de gauche, voire d’extrême gauche, dans l’espoir de choper une subvention ou une bonne place à l’université. On est content que tous ces tarés retournent chez eux, c’est-à-dire à droite.
En 2002, beaucoup d’artistes militaient pour Olivier Besancenot ou José Bové. L’extrême-gauche semble moins attirante en 2007. Pourquoi ?
Peut-être parce qu’ils sont chiants comme la pluie. L’extrême-gauche de cette année, on se croirait sur le font des petits premiers de la classe. Personnellement, je ne les ai pas entendu dire une seule phrase intéressante, émouvante ou généreuse. Pas une seule. Ça fait peu.
Notre génération ressent un certain malaise face au prochain vote. Tu le ressens aussi ?
Si les gens de notre génération qui votent à droite ne sont pas, eux aussi, en plain désarroi, c’est qu’ils sont encore plus mabouls que tout ce qu’on imaginait. Si ceux qui votent Sarko ou Le Pen croient qu’ils vont protéger leurs trois privilèges de Français blancs en assumant leur égoïsme crasse, c’est juste qu’ils sont top neuneus et que l’avenir va leur faire encore plus mal au cul que prévu.
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[1] Technikart n°110, mars 2007, dossier Putain... Mais pour qui on va voter ?, propos de Virginie Despentes relevés par Benoît Sabatier, p. 47.



