
Mon ami Roger
Philippe Avron est un humoriste qui ne court pas les plateaux-télé. On ne le voit nulle part. Et pourtant, il tourne. Il a même reçu deux Molière [1] pour meilleur one man show. Il joue son nouveau spectacle "Mon ami Roger" depuis le 13 novembre 2007, au Petit Théâtre de Paris.
Dans la salle, l’âge moyen du public a la courtoisie d’épouser celui du comédien. Car Philippe Avron n’est pas né de la dernière pluie : il fêtera l’an prochain ses quatre-vingts ans. Comme quoi, la comédie, ça conserve. Car le comédien traverse les époques. Il pleure l’air du virtuel et du texto permanent. Il rappelle à notre souvenir de grands auteurs : Molière, Montaigne, Kant et Shakespeare. Certes, une brise de nostalgie souffle sur les spectateurs, mais l’artiste ne s’amuse pas à rappeler l’actualité politique ou show-biz. Il est là pour nous mener dans son délire poétique. Il fait germer dans notre imagination l’histoire d’amour entre Roger et Anne-Sophie, ou son amitié bienveillante pour ce Roger.

Mon ami Roger est l’occasion de découvrir un humaniste. L’humour se trouve dans le replis des mots. Il n’y a pas de grosse blague à se taper les cuisses. Juste un grand comédien qui marche sur un fil, entre l’entendement et la folie. Il nous tire les larmes par un souvenir plus fragile. Il fait silence pour mieux poser les mots, les faire résonner, vibrer en chacun de nous.
Philippe Avron, une bonne claque au rire rapide, au rire efficace. Philippe Avron, un rire profond, comme il se doit.
« Nietzsche disait : « Le rire, c’est ce qui libère du malheur du monde. » Il est le reflet de notre humanité, de ce qui parfois nous échappe et peut nous menacer à l’intérieur de nous. La base même du rire, c’est un quotidien délicat, ce rapport si fragile, vite perdu, qui n’a l’air de rien mais n’est pas stéréotypé, cache quelque chose d’essentiel et n’a rien à voir avec les relations interchangeables. C’est lié à ce que les gens ne disent pas et lâchent tout à coup. » Philippe Avron [2]
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[1] en 1999 pour "Je suis un saumon" et en 2002 pour "Le fantôme de Shakespeare"
[2] Extrait de l’interview accordée à Gilles Costaz, Politis, 23/09/04



