
Moi et la morosité. Au programme : Koh-Lanta et Ardisson
Je me demande si je ne devrais pas renommer ces chroniques : « Les contes de la morosité » tant je sens un relent de morosité en moi. D’ailleurs qu’est-ce que la morosité ? D’après Alain Rey - directeur du Petit Robert et qui paraît-il s’habille comme un sac - la morosité est un caractère, une humeur morose. Et morose alors ? « Qui est d’une humeur chagrine, que rien ne peut égayer ». Là, je ne me reconnais pas quand même. Ou bien je ne veux pas me voir comme ça. Mais je me reconnais plus volontiers dans la seconde définition de la morosité : « manque d’entrain créatif caractérisant un groupe, une société. > Marasme, stagnation » Heureusement, je ne stagne pas... Je vieillis ! C’est toujours ça de pris. Ou de perdu ? Je m’égare. Je viens de revenir de vacances (très bien, merci) - et je suis déjà dégoûté par l’atmosphère de la ville. Paris en l’occurrence. Et pourtant j’y suis né. Je devrais donc être habitué à l’odeur de la pollution, au bruit assourdissant des voitures ou à la vision des SDF. Mon p’tit quotidien. Mais je n’échangerai pas ma morosité toute citadine pour rien : même pas un week-end tout frais payé à Koh-Lanta. Même si la nourriture est bio, l’air sain, et l’eau salée plus pure.. Non je n’irai pas ! Tout d’abord parce que je suis mieux chez moi. Pourquoi aller se cailler les noix à l’autre bout du monde pour vérifier que décidément l’homme est un loup pour l’homme ? Que l’hypocrisie n’est pas le privilège des classes dirigeantes puisque même les classes laborieuses s’y adonnent ? Mais il est bien drôle de voir à quel point chaque candidat veut passer pour le plus vertueux, le plus gentil, le moins calculateur. Et quoi de plus astucieux que de parler d’autre chose : « J’adore cette aventure », « Je rencontre des gens fabuleux que je n’aurai jamais croisés à l’ordinaire ». De bonnes pelletées de bons sentiments, quoi de plus normal pour la chaîne privée (TF1) du Bâtiment (Bouygues).
Comme quoi, sur une île, on peut non seulement manger n’importe quoi mais aussi gober des propos insipides. Les lieux communs se ramassent à la pelle, et c’est encore mieux quand de pauvres bénévoles s’en chargent. Cette année, la palme revient à Alexis, voyant professionnel. Je ne sais pas s’il a prévu de gagner Koh-Lanta, mais en attendant, il enfile bien les perles. Comme Alexis ne veut pas balancer sur les copains, il excelle pour remercier la chaîne de son immense charité, ou pour placer ses connaissances soudaines sur l’historicité de l’art culinaire malgache. Sans doute encore ses facultés de voyant qui lui octroient un avis éclairé sur les choses.
Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas affalé devant Ardisson. Tout d’abord parce que depuis quelques années « Tout le monde en parle » me sort par les yeux. D’un ton nouveau, on en est arrivé à une liturgie selon Ardisson. L’émission a ses rites, ses martyrs, ses privilégiés ; son roi est de plus en plus mégalo et son bouffon n’en est que plus accrocheur. Je veux bien entendu parler du pitre labellisé, le sniper de la vanne, Laurent Baffie. Quand Christophe Lambert joue les politiques : « Moi les 35 heures je les fais en deux jours » Bonjour le démago qui pourrait au moins par décence avouer son taux horaire. Ou ce faux constat : les « 35 heures » n’auraient créé que des embauches de fonctionnaires. Il était bien jouissif d’entendre Baffie le moucher « et qu’est-ce que tu penses de l’exode rural ? » le poussant sadiquement dans ses pauvres retranchements. Baffie c’est un peu Uma Thurman dans Kill Bill. Le coup est vif et inattendu. Il nous venge tant de ces propos sans fond déblatérés sans cesse sur les médias, en toute impunité. Il n’aurait pas été là, je pense bien que Christophe Lambert aurait proposé ses 100 jours pour sauver la France. Tarzan et son cerveau de singe reviennent, et il fait de la politique. Rien d’étonnant, mais quand même ! On ne respecte donc plus rien en France ? Les artistes ne sont interrogés que sur des ragots, des convictions politiques, comme si leur avis pouvait guider des milliers de Français en désert rance. Mais le pire est que l’on prête à des incultes le droit de parler d’un sujet qu’ils ne maîtrisent pas. En cela nos artistes sont souvent pires que les hommes politiques. Leur ego surdimensionné, alléché par un animateur en manque de sensations, les fait déraper dans les lieux communs et les idées toutes faites, gavant encore plus le citoyen, alors que leur réputation est soi-disant un anti-poison. J’en perds mon latin. Je suis l’un des derniers à avoir fait du latin. Alors que perdent les autres ?
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