
La dégénérescence du concept de civisme
Le civisme n’est pas autre qualité que le respect individuel d’un citoyen envers un autre citoyen, respect auquel s’ajoute le respect collectif des citoyens envers un citoyen.

- "Personne n’est illégal !" Ben voyons...
Comment ne pas avoir le sens civique qui se soulève de dégoût devant le spectacle de ces bourgeois-bohèmes qui continuent inconséquemment de « soutenir » des sans-papiers, comme des adolescents se régalant de la moindre occasion d’en disputer à l’autorité et à la rigueur, donnant à leur vie anonyme une illusion d’héroïsme facile, alors que les rapports préoccupants des démographes, des sociologues, des associations africaines dénoncent le dépeuplement catastrophique de certaines régions d’Afrique !
L’Afrique a besoin de ses Africains. Les sociétés africaines ont besoin des jeunes qui fuient et abandonnent ceux qui ne peuvent quitter aux tourmentes de la famine, de la guerre ou du SIDA.
Le plus répugnant, c’est l’impossibilité d’ignorer que, pendant l’Occupation nazie où il y avait alors fort à s’activer pour défendre les Juifs qui, eux, étaient des citoyens français, les ancêtres de ces mêmes bourgeois-bohémes se gardaient bien d’agir pour rétablir le droit de Juifs qui étaient, eux, légalement en France !
« Soutenir » des sans-papiers, c’est manifester et « se » manifester sans le moindre danger d’exécution pour ceux qui « résistent » ou de déportation dans des camps pour ceux pour qui l’on « résiste ». De quel genre de « résistance » s’agit-il là ?, demande l’Histoire. A vous d’en décider.
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La dégénérescence du concept de civisme19 octobre 2006 à 12:06
T’as pas fini d’écrire de méchantes bêtises ou de bêtes méchancetés, Frédéric ?! Les « ancêtres » des bobos ? Quels bobos ? Voyons...
Joey Starr ? pas vraiment bobo... il pourrait mal le prendre... et t’envoyer ad patres.
Lilian Thuram, le guadeloupéen ?
Édouard Glissant, le martiniquais ?
Patrick Viera, né à Dakar ?
Djamel Debouze, l’aîné d’une famille marocaine ?
Smaïn, né de père et de mère inconnus en Algérie ?
Josiane Balasko, fille de Ivan Blaskovic, immigré de Croatie ?
Enki Bilal, né à Belgrade, d’un père yougoslave et d’une mère tchèque, réfugiés à Paris sous Tito ?
Mathieu Kassovitz, fils de Peter Kassovitz exilé de Hongrie en 1956 ?
Patrick Rotman, né de parents anciens Résistants ?
Hélène Cixous, née à Oran, comme son père, fille de Òve Cixous, née Eva Klein, originaire de Osnabrück, petite bourgade prussienne dont la communauté juive fut presque entièrement déportée ?
Bertrand Tavernier, dont le père, René, abrita Louis Aragon et Elsa Triolet pendant la guerre à Lyon où il dirigeait la revue Confluences, suspendue en 1942 à cause de la publication d’un texte d’Aragon ?
Etc., etc. ?
Laissons la parole au bobo Thuram qui sait parler de la citoyenneté des « cités », terme ancestral dont le seul usage encore vivant dit bien le cynisme de nos démocraties avachies : « Je suis né en Guadeloupe, une île des Caraïbes où il s’est passé quelque chose de cruel et d’extraordinaire tout à la fois. Et d’abord quelque chose de cruel parce qu’il y a, ici, des hommes africains que l’on a réduits à l’esclavage. En Guadeloupe s’est opérée la rencontre de l’Afrique et du monde esclavagiste. À la fin de cette période de captivité, il y a eu la venue des Indiens, en conséquence de quoi la culture guadeloupéenne est mixte.(...) Je suis issu d’une famille monoparentale. Ma mère avait 5 enfants. Elle avait dû « immigrer » en France ou, disons, en Hexagone, car la Guadeloupe, c’est la France. Elle était venue en Hexagone parce qu’elle avait envie de donner quelque chose de meilleur à ses enfants. Cette expérience a énormément nourri ma pensée et ma vie. Nous avons été transportés vers la recherche de quelque chose de mieux. C’est pour cela que je comprends l’expérience des immigrés. Car, si les gens étaient heureux chez eux, ils ne partiraient point.(...) À la cité, j’ai rencontré toutes sortes de gens qui venaient d’horizons divers, de pays divers. Moi, je suis Français Guadeloupéen. Dans la cité, j’avais des amis qui étaient Pakistanais, Zaïrois, Algériens, Marocains, Portugais, Espagnols. Mon meilleur ami était espagnol. J’ai grandi avec tous ces enfants, sans barrière de nationalité. On a toujours vécu en bonne entente. Il y avait une très grande amitié. On partageait tous les moments. Nous avions la chance d’habiter une cité située pas loin d’une forêt. Ensemble, nous découvrions, par exemple, les jeux des autres et leurs coutumes. »
Souhaitons que Frédéric Postel qui, tel le spécialiste actuel du nettoyage haute performance, vilipende les défenseurs des sans-papiers ou des expulsés, n’en vienne comme Le Pen à oublier (1) que la France a nourri sa « grandeur » de la sueur et du sang des ancêtres (sans guillemets) de ceux-là..., à commencer par la France Libre, qui n’eût jamais été reconnue telle si le 15 août 1944 n’avait débarqué en Provence la 1ère Armée française (et non pas seulement une division sous commandement américain en Normandie deux mois plus tôt ...), composée majoritairement d’Africains et de Nord-africains, pour oeuvrer à la libération de la France et de l’Allemagne jusqu’à Berlin où le général de Lattre, commandant de la 1ère Armée, assista à la signature de l’acte de reddition définitive des nazis dans la nuit du 8 au 9 mai 45, aux côtés des Américains, des Britanniques et des Soviétiques ... « Ah ! Les Français sont là aussi ! Il ne manquait plus que ça ! », aurait déclaré Keitel. Eh oui, même les Français, et derrière eux l’Afrique...sans qui, malgré tous les efforts de de Gaulle, la France, sinon la Résistance française, n’aurait eu pour nourrir sa mémoire « ancestrale » de cette triste période que la honte de la politique collaborationniste, anti-juive et assassine de Vichy, et que l’humiliation du joug américain ou, peut-être, soviétique, sous lequel elle aurait ensuite éventuellement survécu...
Souhaitons donc enfin que l’enseignant qu’est M. Postel réagisse un jour mieux que ceux de ses « ”ancêtres” » qui sous l’Occupation remplissaient consciencieusement leurs fiches d’absence quand le matin manquait à l’appel l’un de leurs élèves juifs, si par malheur l’expulsion des écoliers sans papiers devait un jour prendre un tel tour...
Il y a mieux à faire que de jouer à la petite Palestine pour prévenir un jour si funeste et tout aussi bien tarir les flux migratoires vers d’illusoires eldorados, il y a à penser une politique mondiale. Ce qui n’exclut pas l’humanité.
Fabien Grandjean
(1) Contre cet oubli, voir une animation de Rachid Bouchareb (et son film, bien sûr) : « L’ami y’a bon »... à l’adresse suivante : http://www.tadrart.com/tessalit/lamiyabon/lamiyabon_big.html
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La dégénérescence du concept de civisme20 octobre 2006 à 17:44, par Frédéric Postel
Pour répondre à Mr Fabien Grandjean :
1) je ne puis m’expliquer votre déplaisante familiarité autrement que par le fait que vous me confondiez avec quelque homonyme ;
2) que dire de votre « réaction » sinon qu’elle confond mon propos sur la dégénérescence du civisme avec un plaidoyer contre l’immigration ? Cette inattention, indigne de l’esprit, eut pu être évitée si vous m’eûtes lu avec précision et surtout avec calme. Car comment expliquer votre texte hystérique, rempli de sentimentalisme, d’exemples historiques anachroniques en vue de la situation démographique mondiale actuelle, d’exemples isolés de « vedettes » d’origine étrangère, le tout crayonné dans un style « étudiant » encore un peu vert ?
Enfin, le témoignage en abondance des « moi » et « je », sorte de nombrilisme émotif, harasse les dernières âmes qui manifesteraient du courage et surtout de la patience pour débrouiller semblable salmigondis.
Où est, comme dirait Hannah Arendt, votre « objective volonté de comprendre » ? Tentez, Monsieur, de conserver votre calme dans des domaines qui l’exigent.
Frédéric Postel, Paris XIII.
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La dégénérescence du concept de civisme21 octobre 2006 à 16:29
Monsieur,
1) D’abord, veuillez accepter mes excuses pour cette confusion : je vous ai pris pour un autre Frédéric Postel. J’aurais dû me douter de ma méprise ; celui-là ne pouvait être l’auteur de vos méchantes bêtises. Pardonnez-moi si j’y reviens, mais il faut bien que je m’excuse également auprès de votre homonyme au cas où il viendrait à nous lire.
2) En revanche, je crains d’avoir lu votre billet d’humeur avec plus d’attention que vous ne lui en avez prêté. Vous ne semblez pas connaître le sens des mots que vous employez. Je ne sais pas où vous avez pris votre définition du civisme, mais elle n’est pas bonne. Et si vous l’avez puisée en vous-même, sachez que ce n’est pas l’ego qui décide de la langue, mais l’usage historique. Littré vous donne le vieux sens, celui du dix-huitième, prérévolutionnaire, qui bon an mal an est demeuré le nôtre, c’est-à-dire le dévouement à la chose publique, qu’il soit des politiques ou des simples citoyens. Le « civisme » n’est pas la « civilité » avec laquelle vous tendez à le confondre.
Cette confusion provient de ce que les concepts antiques de « civitas » et de « civis » ou de « polis » sont morts depuis longtemps et que sur leur cadavre a germé le « civisme » dégénérescent, bâtard du moralisme et de l’esprit partisan. Voyez l’usage qui en est fait à la Révolution.
J’aime bien Hannah Arendt que vous citez, mais il faut reconnaître que sa faible critique de Marx ne l’a pas aidée à comprendre que l’esprit public de la cité antique était définitivement derrière nous. Elle l’a plutôt confortée dans sa dénégation du marché-monde sorti de la « polis » grecque comme de son œuf (voyez Aristote, « Politique », I, 9). De cité il n’y a plus aujourd’hui que la « city » des affaires ou la « cité » des banlieues, « city » et « cité » au ban desquelles c’est toujours le citoyen dans son concept antique qui est mis, car des affaires qui s’y traitent et qui sont tout sauf publiques il ne délibère ni ne décide plus.
Il n’y a plus de cité, Monsieur Postel. Est-ce à dire qu’il n’y a plus de politique possible ? Non pas. Mais alors il s’agit de quitter toute nostalgie et de comprendre à nouveaux frais le politique. Depuis l’Antiquité, il repose sur la dénégation de la production qui le rend possible et qui cependant l’a rongé progressivement au cours de l’hellénisation, de la romanisation et du Moyen-Âge pour finir par le dévorer à partir de la Renaissance. Toutefois, les Anciens savaient déjà ce que vous ignorez ou feignez d’ignorer, Monsieur Postel, à savoir que la communauté organique de ceux qui travaillent sans droit de cité à la subsistance des citoyens libres ne s’arrête pas aux frontières de la ville. Et c’est pourquoi Aristote comme Platon souhaitaient tant brider son développement, à la fois vital et menaçant, et isoler la cité des ports ou séparer l’agora libre de l’agora marchande. Ce fut et ce devait être en vain. Depuis la Révolution française, s’est développé un faux-concept du politique qui consiste à couvrir le mouvement politiquement dissolvant de la production marchande. On appelle cela l’idéologie. Quand il n’est pourtant plus question que d’intérêt privé, on brandit l’intérêt public au nom des soi-disant valeurs antiques (pourtant ignorées des Anciens qui ne connaissaient que la vaillance du citoyen en armes). On invoque alors le « civisme » contre les dérives et les déviances qu’entraîne la dislocation de toute communauté. Mais en vérité, c’est la civilité qu’on exige. On en appelle au citoyen, mais c’est au citadin que l’on s’adresse pour tenter de battre en brèche « la montée des incivilités », comme l’on dit, c’est-à-dire les « désordres civils », les atteintes portées à la propriété, à la sécurité, à l’ordre, aux convenances, à la politesse, bref aux normes du vivre ensemble de la classe sociale dominante, la bien nommée bourgeoisie qui s’empare aujourd’hui comme jamais du centre des villes, repoussant à la périphérie ce que depuis toujours elle vomit et qui pourtant la nourrit : le métèque, le démiourgos, l’esclave, le serf, le salarié, le colonisé, le travailleur clandestin ... Et c’est cet ordre-là que vous défendez, Monsieur. En restreignant, à l’époque de la mondialisation irréfragable, la citoyenneté au citoyen de droit bourgeois et national, vous nous rejouez cette exclusion. S’il ne s’agit pas d’inviter en masse les pauvres du monde « chez nous », il ne suffit pas non plus de renvoyer chacun chez soi pour résoudre les problèmes, qu’ils soient démographiques ou autres, notamment ceux des Africains. D’autant que, voyez-vous, chez eux ce n’est pas vraiment chez eux, tandis que chez nous c’est tout de même un peu chez eux. Du reste, d’un point de vue éthique, vous auriez dû vous souvenir que la citoyenneté des Juifs de la diaspora, pour légale qu’elle fût sous l’Occupation, fut à l’origine un refuge... C’est cela que mes exemples, que vous qualifiez d’anachroniques avec une conscience bien faible du poids de l’Histoire, voulaient rappeler. Quant à votre conception de la résistance, elle est tragique et n’est guère courageuse. C’est précisément pour éviter qu’il n’y ait de résistants qu’en danger de mort, qu’il faut savoir résister dans des situations de moindre risque. Voyez « Le Silence de la mer » du fondateur des éditions de Minuit, l’agent Bruller de l’Intelligence Service, ou la thèse que soutient Arendt dans son « Eichmann à Jérusalem » et qui a fait tant scandale...
Quand vous mêlez le maelström de l’Occupation à l’écume médiatique, quand vous rattachez sans aucune justification généalogique la lâcheté des collabos à « celle » des bobos, quand en filigrane vous opposez la Résistance à ce qui est pour vous la pseudo-résistance des défenseurs des sans-papiers, vous ne faites rien d’anachronique. Mais quand on vous remémore le civisme des goumiers, des tabors marocains en djellaba (le costume ne nous choquait pas à l’époque, il effrayait les boches), des tirailleurs sénégalais ou algériens, des commandos d’Afrique, etc., on commet des anachronismes. Un peu de cohérence, s’il vous plaît, elle est le commencement de l’objectivité. Si à l’époque, les Africains à qui nous avions imposé des papiers militaires français nous avaient dit : « Nous, Français ?! Ben voyons... », croyez-vous que vous seriez à même de lancer à la figure de leurs rejetons votre pseudo-légalité répugnante ? Apprenez ce qu’est le civisme, Monsieur Postel, méditez-en la forme patriotique dans le chant des Anciens d’Afrique, et pour vous y aider je vous souligne l’essentiel : « C’est nous les Africains Qui arrivons de loin Nous v’nons des colonies POUR SAUVER LA PATRIE Nous avons tout quitté Parents, gourbis, foyers Et nous avons au cœur Une invincible ardeur Car nous voulons porter haut et fier Le beau drapeau de notre France entière Et si quelqu’un venait à y toucher NOUS SERIONS LA POUR MOURIR A TES PIEDS Battez tambours, à nos amours Pour le pays, POUR LA PATRIE Mourir au loin C’est nous les Africains. »
Un civisme que je n’encourage ni ne magnifie, mais qui au moins ressemble à son véritable concept. Vous voyez que même dans le domaine de la langue, nos ancêtres les Africains ont à vous apprendre. C’est aussi pourquoi je crois que l’on peut vous laisser vos arguments ad hominem, lesquels sont du reste par essence un aveu d’impuissance théorique.
En espérant n’avoir été ni trop long ni trop difficile pour vous, Monsieur, je vous salue bien.
F. Grandjean
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La dégénérescence du concept de civisme24 novembre 2006 à 14:17
...je suis d’accord avec vous.... et il faut ajouter à votre liste le Juif, jadis "interdit de cité", comme vous dites, parce qu’il s’occupait des affaires d’argent pour ceux qui les déclaraient répugnantes et les condamnaient (droit canon) mais qui ne pouvaient s’en passer... La société juridique ne correspond pas et n’a jamais correspondu à la communauté des travailleurs... Voir la critique par Marx du droit bourgeois...
M. Mansouri
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La dégénérescence du concept de civisme12 décembre 2006 à 16:40Mais, ne serait-ce pas le Fabien Grandjean que je crois ? C’est presque dommage que cette "joute verbale" soit si amusante, voire redoutable... On en oublierait presque que ce que vous dites est vraiment très intéressant d’un point de vu historique et malheureusement tellement actuel ! Floriane Cazalet
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La dégénérescence du concept de civisme4 juin 2008 à 11:35, par Frédéric CoustonBelle tentative d’écrire en un style châtié. Encore eût-il fallu que vous révisassiez vos conjugaisons et que vous ne confondissiez point passé antérieur et plus-que-parfait du subjonctif. Où l’on voit qu’éviter le registre familier pour élever le débat s’avère parfois un exercice périlleux. Bien à vous, Frédéric Couston PS pour le modérateur, a priori étant une locution latine ne prend pas d’accent...
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