
La culture physique, dada désuet
Pour la première fois, les travailleurs peuvent prendre du bon temps. Quelle révolution ! Le patron vous paye quand vous ne travaillez pas ? ! Incroyable, mais vrai...
Pendant que l’Allemagne nazie prépare la guerre, la France d’en bas s’offre des vacances. Les images d’archives nous montrent des familles modestes qui investissent les plages réservées par habitude aux nantis. Quelle surprise de découvrir des beaux jeunes hommes et de charmantes demoiselles batifoler sur le sable ! Les femmes se baignent habillées, comme en Inde aujourd’hui. Rien à voir avec les images d’aujourd’hui, en couleurs, où des familles s’agglutinent au soleil, laissant déborder des amas graisseux de leurs maillots de bain tendance. Mais la margarine pro-active ultra-light miraculeuse n’empêchera pas le déclin physique.
A cette époque heureuse, les hommes - alimentation et effort physique obligent - étaient beaucoup mieux charpentés qu’aujourd’hui. Et je ne pense même pas à la minorité des body-buildés, qui confondent fierté et ridicule. Certes, mon goût pour la sieste pourrait m’empêcher tout effort autre qu’intellectuel. Mais il se trouve que mon charme ibérique ne pourrait résister aux affres du temps. Donc je m’entretiens. Je côtoie un charmant club de sport parisien. Je rencontre des personnes de tous âges qui veulent lutter contre leur avachissement naturel. Quelques revues anciennes traînent entre deux livres sérieux. J’ai donc découvert l’existence de la revue « La culture physique ».
Mis à part les illustrations dites « homo-érotiques » propres à ce genre de revues, le contenu est très instructif. Les numéros que j’ai pu consulter concernent la fin des années 30 au début des années 40. Donc l’époque dont nous parlons. En feuilletant, on ressent un côté très moral, illustré par une imagerie somme toute « aryenne » tant elle révère le corps à la manière alexandrine. Mais il ne s’agit que d’une impression. Hors en examinant la revue, je découvre le sous-titre :
La Culture Physique
Bulletin officiel de la société d’encouragement à l’amélioration de la race
Hum-hum... Voilà qui correspond à certaines occurrences historiques : le culte fasciste du corps militaire, le culte nazi du corps aryen et le futur culte stalinien du corps travailleur. Une partie de la France semblait caresser des ambitions semblables à celles de l’Allemagne hitlérienne. Intellectuellement, nous avions Robert Brasillach, écrivain français, rédacteur en chef de Je suis partout (1937) et clairement engagé dans une politique d’extrême droite.
Bizarrement, avec le début de la guerre, le sous-titre de la revue disparaît et laisse place à un complément engagé :
La Culture Physique
de guerre
Plus question de race pour combattre l’ennemi « aryen ». Mis à part cette petite découverte polémique, la revue présente, dans une langue française de haut niveau sans rapport avec la bouillie du VSD et autre Paris-Match : des rencontres sportives, des propositions pour l’éducation physique des écoliers, des pensées morales très nietzschéennes (comme par hasard !). Nous sommes loin des FHM avec leurs lots de jolies filles dénudées, les mots fléchés et les tests de l’été. Là c’est du muscle et de la matière grise. Même Véronique et Davina n’ont jamais placé la barre aussi haut...

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