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Humour - samedi 11 août 2007

L’imparfait du subjonctif

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent plus connaître...

Je ne vous ai jamais parlé du savoureux site Langue sauce piquante. Ce blog est alimenté par les correcteurs du Monde.fr. Les auteurs, Martine Rousseau et Olivier Houdart, nous régalent de leurs trouvailles syntaxiques, leur traque des fautes d’accord, leur lutte acharnée contre les coquilles. Le terme “coquille” s’applique aux lettres omises, aux ajouts de lettres malheureux, aux lettres inversées et à la lettre mise pour une autre. Cette coquille est à l’origine de bon nombre d’anecdotes et d’hypothèses plus ou moins farfelues [1]. Ainsi, André Gide relate, dans son journal, à la date du 15 décembre 1937 :

« On raconte que Rosny, exaspéré par les erreurs typographiques que les protes [2] faisaient ou laissaient passer, écrivit un article vengeur intitulé “Mes coquilles”. Quand Rosny le lendemain ouvrit le journal, il lut avec stupeur, en gros caractères, cet étrange titre : “MES COUILLES”. Un prote, négligent ou malicieux, avait laissé tomber le q... »

André Gide, Journal 1889-1939, Pléiade (1951), p.1276

Les auteurs de Langue sauce piquante sont des cravacheurs de la langue. Ils sont capables de lire l’éditorial de Jean Daniel sans décrocher. Mais qu’est-ce qu’il y a à glaner dans un éditorial de Jean Daniel, me rétorquerez-vous ? L’imparfait du subjonctif, vous répondrai-je. Ainsi, dans son éditorial consacré à l’éloge de Jean-Marie Lustiger, le directeur du Nouvel Obs y allait bon train :

“Jean-Marie Lustiger, qui n’était pas encore cardinal, m’a fait signe. (...) Irais-je le voir à l’archevêché ? Non. Il souhaitait que je le reçusse.“ Jean Daniel

Ainsi, Jean-Marie Lustiger voulait que Jean Daniel le reçusse. Ce Jean Daniel est un écologiste de la langue, comme Bernard Pivot.

La grivoiserie se niche parfois là où on ne l’attend pas, comme dans ces vers de Pierre Corneille :

“Vous me connaissez mal, la même ardeur me brûle

Et le désir s’accroît quand les faits se reculent”.

Polyeucte, acte 1, scène 1

Obni nous assure qu’il s’agit ici d’un kakemphaton, du grec kakemphatos "malsonnant", désignant une suite de sons qui produit un effet équivoque et inconvenant. N’y aurait-il pas une figure typiquement française pour désigner ce jeu de sonorités ?

Et pour la bonne bouche, voici l’intervention de Pierre Desproges, journaliste émérite du Petit Rapporteur.


Le Petit Rapporteur
envoyé par Gibet
Notes :

[1] Boris Vian, éminent professeur de Pataphysique, a repris le thème de la coquille dans sa Lettre au provéditeur-éditeur sur un problème Quapital et quelques autres, disponible ici

[2] Contremaîtres, dans un atelier d’imprimerie

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