
Hannah Arendt à la télé !
Pas question de ronchonner aujourd’hui ! Ce soir, Arte-la-chaîne-de-la-culture, diffuse un documentaire sur Hannah Arendt, puis deux interviews, à partir de 22h30.
Le détail du Théma d’Arte
J’aimerai prendre le temps de décrire le plaisir que me procure la lecture d’Arendt. Ces temps-ci, je lis "Du mensonge à la violence". Un vrai régal ! Loin de jouer les gauchistes, Arendt fait une grande leçon de philosophie morale et politique. Certes les exemples sont plutôt anciens : de Montesquieu à mai 68. Mais quel plaisir de lire un ouvrage très dense sur des sujets finalement assez actuels : l’utilisation du mensonge en politique, le cas de la désobéissance civile, les limites de la démocratie, la révolution impossible.
Hannah Arendt nous a quitté en 1975. Elle avait encore tant à nous enseigner. Elle se serait bien moquée de la campagne de Sarkozy et sa fameuse rupture. Puisque pour cette femme d’esprit, nous vivons depuis un bon moment dans une période de rupture. Rupture avec la tradition. Rupture liée à la production de masse (et donc l’éducation de masse). Elle n’a même pas besoin de parler de la consommation. Vraiment ! Cotoyer Hannah Arendt vous fera terriblement grandir, si vous vous accrochez... C’est tout de même plus ardu qu’Agatha Christie, et vous ne saurez pas qui est l’assassin à la fin ! Mais, au moins, vous aurez arpenté le chemin des idées.
Quelques perles tirées de "Du mensonge à la violence" :
« Le sort qui est réservé sur la place publique au jugement de la conscience ressemble fort à celui que connaît la vérité du philosophe : il est devenu une opinion, que rien ne distingue plus des autres opinions »
« La vérité, aussi simple qu’effrayante, est que des personnes, qui dans des conditions normales, auraient peut-être rêvé à des crimes sans jamais nourrir l’intention de ls commettre, adopteront, dans des conditions de tolérance complète de la loi et de la société, un comportement scandaleusement criminel. »
« penser, en fin de compte, qu’il existe réellement une "unité du tiers monde", à laquelle pourrait s’adresser le nouveau slogan de l’ère de la décolonisation : "Indigènes de de tous pays sous-développés, unissez-vous !" n’est-ce pas, à une beaucoup plus vaste échelle, retomber dans les pires illusions de Marx, et d’une façon encore moins justifiée ? Le tiers monde n’est pas une réalité, mais une idéologie. »
« Le changement n’est pas un phénomène moderne, mais il est inhérent à un monde habité et organisé par des êtres humains, qui entrent à leur naissance comme des étrangers et des nouveaux venus, et le quittent aumoment où ils en ont acquis l’expérience et se sont familiarisés avec lui, ce qui, dans certains cas assez rares, peut leur permettre de faire preuve de "sagesse", selon les normes de ce monde. (...) S’il n’y avait pas eu ce rapport naturel entre la naissance et la mort, qui garantit le changement et rend impossible le règne de la sagesse, il est probable que la race humaine se serait depuis longtemps éteinte dans les affres de l’ennui le plus important. »
C’est sûr qu’on n’aurait pas la Star Ac, si les philosophes grecs, Socrate, Platon et toute la clique étaient encore là. Moi, j’vous laisse. Je vais me jeter une petite cigüe à leur santé !
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