
Flandres de Bruno Dumont
En sortant de ce film, un festivalier parlait suffisamment fort pour que l’on sache qu’il avait détesté ce film, allant jusqu’à des propos démesurés :
“Avec des images comme ça, on fabrique le fascisme”
El Ronchon s’est juste retourné et a froncé les sourcils, tâchant de lui faire comprendre qu’il n’avait, décidémment, rien compris au film. Il ne faut pas trop perdre son temps avec ceux qui ont trop de temps de cerveau humain disponible. Audiard disait tout simplement « je ne parle pas aux cons, ça les instruit ».

- BRUNO DUMONT SAIT DIRIGER SES COMEDIENS
Moi j’aime bien voir la campagne au ciné. Sans doute mon esprit citadin y trouve du réconfort. Et c’est vrai que Bruno Dumont filme de manière brute. Ses personnages parlent peu. Il choisit des comédiens non professionnels. Et il filme le paysage, pour mieux nous faire ressentir l’intériorité des personnages. Et ça se justifie amplement. Pas d’explicatif. Juste des actes, peu de paroles. D’ailleurs le cinéaste en parle très bien.
Mes personnages ne méditent jamais sur ce qu’ils font. Ils font, ils agissent, ils ne sont jamais en train de réfléchir à ce qu’ils sont. (...) / Quand mes personnages parlent, ils ne disent que le nécessaire. Au risque d’être caricatural, quand un acteur dit « Ben au revoir, je m’en vais » c’est utile : s’il partait en ne disant rien, il ne serait pas poli.
Alors pourquoi le spectateur a pu déceler des propos fascistes ? Il semble, tout d’abord, que notre festivallier-temoin se mélange un peu les pinceaux. Il utilise un mot pour un autre. Ce qui a dû le choquer, c’est sûrement la représentation de la guerre. Cette guerre à laquelle participe le héros, accompagné de ses voisins des Flandres, passe par de nombreuses scènes de violence, dont un viol d’une « moudjaïdine » par nos soldats franchouillards. C’est juste des images de guerre, mais les Français lavant plus blancs que blancs, ne peuvent commettre de telles atrocités, ma bonne dame...

- LA GUERRE C’EST DEGUEULASSE
Toujours est-il que Flandres est un bon film. Il ne plaira sans doute pas aux pontes de la critique, quand je vois qu’ils mettent des notes excellentes à Climates. Alors que le film turc était vraiment ennuyeux, plat, ici Brunot Dumont ne s’embarasse pas de prises de tête, et il a un regard très juste sur le travail du spectateur.
Je ne veux pas construire, je détruis et je déforme. Dans cette déformation arrive l’expression. Si je ne déformais pas, le spectateur verrait la réalité telle qu’elle est mais cette réalité ne lui apprendrait rien. Le cinéaste doit tordre le réel pour le déformer : quand on le tord c’est le spectateur qui est compressé, remis en question. J’essaye de garder ce qu’on pourrait appeler un semblant de vérité, une apparence : le naturalisme des décors, des sons et des acteurs, mais tout le reste est faux, d’où cette impression d’incongru.
Bruno Dumont n’est pas inconnu à Cannes. En 1999, il avait cassé la baraque avec « L’humanité » : Grand Prix du Jury, prix d’interprétation masculine (Olivier Gourmet, devenu depuis acteur professionnel), prix d’interprétation féminine.
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