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Médias - mardi 17 juillet 2007

Fais-nous rêver, Laurence !

Laurence Parisot a beau être la "patronne des patrons", qui, en jargon journalistique, signifie la dirigeante du MEDEF, elle caresse un rêve insensé : publier un ouvrage de photographie.

Passé le 14 juillet, la France est en vacances [1]. Les journaux sont allégés : moins de pages à lire [2], moins de sujets qui font réfléchir, pour mieux coller au niveau cérébral du lectorat, proche du niveau de la mer, mais en deçà des normales saisonnières. Libé s’enrichit d’un cahier-été, aujourd’hui consacré aux porte-jarretelles (sic).

Pour innover de la sorte, et histoire de tordre le coup au cliché "balai dans la rotative", Le Figaro s’offre une nouvelle chronique très farniente, intitulée le seul regret de... Chaque jour, une personnalité évoque son dernier regret. J’adore quand les adultes reprennent leurs jeux d’enfants : “on fait comme si j’étais le docteur ?”. Le Figaro, très-joueur-top-ludique, pose donc la question qui tue : “on dit que tu vas mourir, et tu me dis quel est ton dernier regret.” Charmant !

Je me moque un peu. Mais cette question, toute philosophique, pourrait donner lieu à de savoureuses réponses, justifiant, par leur profondeur, le prix du journal.

Après Norman Mailer, Laurence Parisot essuie les plâtres de la question. Laurence Parisot, personnalité de l’économie en tant que PDG d’IPSOS, et personnalité politique en tant que dirigeante du MEDEF. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le violon d’Ingres de Laurence Parisot n’est pas la culture de marie-jeanne en appartement ou la traite des vaches blanches en Picardie, mais la photographie ! Whoooua ! Laurence, fais gaffe ! Tu vas briser ton image de Working girl assoiffée de stocks-options et de golden strings.

Le pitch

« Depuis cinq ans, Laurence Parisot a envie de réaliser un livre de photos et de textes. Un ouvrage où elle montrerait par l’image que si « la France d’avant, c’était mieux », aujourd’hui et demain le sont bien davantage. Son idée consiste à repérer les choses sur le point de disparaître et à trouver ce qui dans la France d’aujourd’hui les remplace déjà. »

http://www.lefigaro.fr/reportage/20...

Tandis que Norman Mailer s’en veut d’avoir contribué à la remise en liberté d’un assassin, Laurence se mord les doigts de n’avoir toujours pas publié un livre de photos. Vous saisissez la différence ? On ne lui demande pas de regretter d’avoir supporter la candidature de Sarkozy, ou de ne pas avoir tout fait pour éviter le suicide de Dalida ! Non, on lui demande juste un gros regret, quelque chose qui la fera se retourner dans sa tombe. Et qu’est-ce qu’elle trouve à dire ? Rien ! Elle fait son avant-promo, à la cool. Nul doute qu’elle trouvera un éditeur fingers-in-ze-nose. Nul doute qu’elle l’éditera ce livre sur la France, qui fera "le lien entre la tradition et la modernité" comme le résume si bien la journaliste.

Faut dire qu’il a l’air super chouette son livre. Un exemple ? Non, mieux : une image !

« Il existe une très vieille dame à Paris qui soigne depuis toujours les oiseaux de la capitale. Chacun peut lui apporter un volatile blessé ramassé sur la chaussée. Mais en même temps, de l’autre côté du pays, il y a des associations qui se préoccupent du renouvellement des espèces. Les choses changent, elles évoluent, il n’y a pas lieu de regretter. » Laurence Parisot

Quelle poésie ! Un pelletée de nostalgie à la mode Jean-Pierre Pernaut contre une pincée d’écologie. Je dis Bravo Lolo !

Mais c’est pas tout. La journaliste doit remplir son article. Et le remord de Laurence est un peu court : moins de deux cents signes. “Bon Laurence, t’as pas un petit ragot à lâcher ? Tu sais, c’est les vacances... Les gens se détendent. Même Ségolène Royal lit Voici à la plage.”

L’anecdote qui tue

La présidente du Medef sait aussi être espiègle. Le jour de sa première entrevue à Matignon avec Dominique de Villepin, elle n’a pas résisté à l’envie de le photographier en douce avec son téléphone portable : « La photo n’a pas un grand intérêt [3], mais c’était la toute première fois que j’étais reçue officiellement à Matignon, et la photo le représente en train de me parler. Il y est très sérieux, concentré, responsable. »

Pas folle la guêpe. Notre ex-premier ministre, maître-nageur-poète, va devoir exercer ses talents au bagne de Cayenne, pour cause d’affaire Clearstream. Ce cliché vaudra de l’or, dans quelques semaines...

La journaliste (Anne Salomon, tant qu’à balancer) conclut enfin cet article inutile, comme si elle concourrait pour la laisse d’or [4] : « Il n’y a aucun doute, Laurence Parisot est une volontaire. Son regret, son envie pour l’instant mise entre parenthèses, sont loin d’être abandonnés [5] Elle veut ce livre, elle le réalisera. Personne ne peut en douter. D’ailleurs, elle ne se souvient pas d’avoir jamais eu dans le passé un projet personnel qui lui tienne autant à coeur. »

Louons Le Figaro, pour avoir passé un agréable moment avec la cheftaine des patrons. Et rappelons-nous les grandes phrases de la philosophe :

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Ce n’est qu’un début. Continuons le combat !

- « La liberté d’entreprendre s’arrête là où commence le code du travail », à l’Assemblée générale du MEDEF en janvier 2005.

- « Parce que se dire ou laisser croire à tout le monde aujourd’hui en France que nous pouvons entrer dans un métier, prendre un emploi et le garder quasiment à vie, c’est de l’utopie. Ou alors c’est de la fonctionnarisation, c’est proche de l’utopie communiste et on a vu comment elle s’est terminée. », France Inter, 3 septembre 2005.

Sur la précarité

- « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? », Le Figaro, 30 août 2005.

- « La précarité est une loi de la condition humaine. », France Inter, 3 septembre 2005.

Ca ressemble à du Ségolène Royal, ça sonne comme du Ségolène Royal, et pourtant, ça n’est pas de Ségolène Royal :

- « Quand l’entreprise gagne, tout le monde gagne. »

- « Ce qui est bien, c’est ce qui marche. » [6]

Notes :

[1] Les blogs ne dérogent pas à la règle. Les blogueurs sont fatigués d’avoir commenté, chaque jour, l’actu du monde et les soubresauts de leur nombril. Souhaitons leur un prompt rétablissement.

[2] pour un prix inchangé ! Ben oui, ma bonne dame, faut bien payer les fameux congés payés !

[3] Un aveu ! C’est pas du remord, mais c’est mieux que rien...

[4] La laisse d’or récompense le journaliste le plus servile. Elle est décernée par le Plan B, ex-PLPL

[5] Vous avez remarquez ? là, la journaliste avoue tout. Le remord n’est qu’un regret, requalifié de banale “envie”. Et elle en profite pour passer au pluriel : “son regret + son envie sont...”. Au niveau du sens, c’est plutôt : “son regret, = son envie, est ...” Et voilà pour la pirouette. Merci qui ? Merci El Ronchon !!

[6] source des citations : Wikipedia, France Diplomatie

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