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Autobio - dimanche 30 avril 2006

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Arrete de lire tes mails (MP3 : 464.2 ko) - MAJ le 9 mai 2006

Vous qui surfez allègrement sur le net, vous avez remarquez ? Tous ces blogs qui pointent le bout de leur IP* ! C’est la mode du blog. La blog-mode. Tout le monde s’y met : vos voisins, vos enfants, vos collègues de bureau, et votre coiffeur. Bref tout le monde vous cache des choses qu’il couche allègrement sur le réseau mondial.

Mais qu’est-ce qu’un blog ? Un blog est un journal intime sur Internet. On remarque déjà un fort antagonisme entre les termes de la définition. Car il est difficile de préserver le caractère intime en le faisant savoir à toute la planète. Et pourtant les blogs pullulent. Deux types de blogs se disputent sur le net. La première catégorie rassemble des auteurs qui ont décidé de se pencher sur le déroulement de leur journée. Il s’agit généralement de faits, constitués de rencontres, de discussions, de hasard et parfois même de boulot. Ces journées racontées sont savamment positivées, quand on connaît l’âpreté du quotidien.

La seconde catégorie pourrait se résumer au vocable : engagement citoyen. On y trouve des apprentis journalistes, des fanfarons de l’information - ne nous méprenons pas sur ce terme, il s’agit de comiques qui tournent le gavage d’information en dérision -, des acteurs syndicaux ou assimilés, des tribunes politiques, des penseurs isolés... L’initiative de ces citoyens est louable puisqu’ils campent sur l’immense territoire du net pour étendre leurs idées. Quoi de plus normal : une terre virtuelle, où le loyer n’est pas cher, peu réglementé et qui ne nécessite pas d’infrastructure technique lourde attise forcément la curiosité de chaque chercheur d’or qui sommeille en nous, et qui croit redécouvrir l’Amérique. Mes « Chroniques amères » s’inscrivent dans cette lignée. Mais je souhaiterais vivement dépasser quelques clivages et idées reçues qui se retrouvent un peu partout.

Quel peut-être l’intérêt du blog de ma boulangère si elle ne me donne pas son secret pour avoir des miches si fermes, et qu’au contraire elle aligne sa vie de religieuse en un éclair ? A-t-elle les moyens de me faire voir du paysage si elle est debout à quatre heures du matin et qu’elle s’endort devant Koh-Lanta ? Elle pourra certes me raconter les ragots du quartier, et s’inscrira dans la première catégorie des blogueurs. Mais si elle veut me fournil, fournir - pardon - un blog citoyen, il faudra qu’elle fasse travailler ses neurones. J’ai peine à croire, malgré toute l’estime que j’ai pour ma boulangère, qu’elle me fera voir d’un autre œil les débats parlementaires, l’évolution de l’écologie ou les raisons profondes de l’évolution du taux de natalité en Bavière. Et pourtant...

Pourtant les journaux feignent de croire aux blogs. « Tournez, tournez rotatives » comme chantait Guy Béart. Il vaut toujours mieux se raccrochez au train en marche que de feindre de l’ignorer. Les journaux se mettent à héberger les blogueurs. Le Monde, Le Nouvel Observateur, pour ne citer qu’eux, jouent de leur âme gauchisante et offrent l’hospitalité à moult quidams qui ne seront jamais journalistes. C’est de la récupération certes, mais sous le vernis de la citoyenneté. Et ça n’importe quel bobo tomberait dedans. Gnark !

Mais oui car les journaux ont bien compris l’intérêt : faire venir à leur site les copains des copains des hébergés. Ainsi le taux de fréquentation de leur site est multiplié, et en plus on leur sait gréer d’inviter à leurs tables rondes du savoir des citoyens lambda.

Malgré tous ces efforts, des idées rasoirs, il s’en coupe une toutes les secondes sur le net.

L’intérêt du blog est simple ; vos amis vous saoulent par leurs conversations sans poids ni mesure ? Proposez-leur de rédiger leur blog ! Ils pourront ainsi partager leur existence à l’épaisseur triste avec le monde entier. Vous n’aurez plus à écouter leurs plats discours sur la vie et tout ce qui l’entoure. Et vous, vous aurez enfin du temps, du temps pour vous, du temps pour votre intimité. Enfin du temps pour votre propre blog. Le pied ! Vos nouveaux amis du net se feront un plaisir de déposer leurs impressions, exposer leurs goûts qui les lient à votre site. A vous la gloire à votre intimité ! Des milliers de gens se reconnaissent en vous, faisant grimper la popularité de votre site. Mais ne vous étonnez pas de perdre le fil de vos amis. Ces derniers ont le loisir de savoir à tout moment ce que vous avez mangé la veille, votre dernier achat CD, votre avis sur le film de la semaine, etc....

Je demande à mes amis anciennement réels et aujourd’hui fictifs de me laisser des messages, moi-même je me permets d’aller butiner leurs messages mielleux ou fielleux, et nous nous régalons de voir monter nos courbes d’audience... Sans oublier que mes consommations téléphoniques ont plus que diminué. Je n’appelle plus personne. Et surtout plus personne ne m’appelle puisque tout le monde peut savoir ce que j’ai fait la veille, dans quel état je suis depuis ce matin. Que rêver de mieux ? On rêvait de retrouver la communication entre les êtres ! Mais c’est là, à côté de ton câble, le monde vient te voir sur ton site.

Je me moque quelque peu, mais il faut bien avouer que toute cette folie communicative nous monte tellement à la tête, qu’on n’en oublie ce que l’on venait y chercher. Pour ceux qui rêvaient de dépaysement, le voilà. Le monde à portée de main : ce que crie le petit chinois oppressé, ce que devient l’Américain moyen fan de John Kerry, ce que pense un ex-prof de sport de Madonna. Tout le monde se serre les blogs. Mais là encore, pour le dépaysement des idées faudra repasser. Les lieux communs s’enfilent sous couvert d’une police respectable, de photos prudes, et de goûts globalisés. Vous y apprendrez au détour d’un raccourci clavier que votre sœur a fait un strip-tease lors de la soirée Disco du Macumba Club et vous ne résisterez pas au désir de voir les photos - histoire de mettre un peu de gaieté lors du prochain Noël familial. Mais vous continuez d’ignorer que votre petite amie sous le pseudo de « fourrure équitable » collecte à tour de bras sur son site des poils de bite pour son devoir d’art graphique sur le thème « la pilosité, dernier rempart aux idées rasoirs »

Le net donne l’illusion qu’on y trouvera des propos d’une grande pertinence, ces mêmes propose privés de plateaux de télévision car trop crus ou politiquement. D’où la fameuse phobie de voir des sites nazis ou tout simplement racistes fleurir sur le net. Or la peur ne peut être placée qu’ici.

En réalité, il est peu probable que des débats de qualité peuvent se produire sur le net. En premier lieu, il dépend de la qualité de l’auteur. Or si n’importe quel comptable ou caissier prend la plume, je doute fort qu’il ait des idées révolutionnaires à faire partager. En outre, le droit d’auteur protège tout auteur à faire valoir ses droits de propriété. C’est-à-dire à interdire ou accepter la libre circulation de ses propos. Mais sur le net, ce droit est peu respecté, tant il est simple de dérober à l’insu du monde une idée. Un coup de copier / coller, clic - clic - et une fameuse citation d’Oscar Wilde devient le propos du samedi 7 avril de Jessica Pignole habitant Val André mais surtout grande citoyenne de la cyber-communauté. Oscar Wilde n’ayant pas Internet ne pourra à aucun moment se douter que ses propos soient repris à la gloire de Jessica. Et que grâce à ce subterfuge, elle se fera remarquer par Kévin dit « cyber-pépère ». Ils se donneront rendez-vous pour le grand carnaval des cyber-surfeurs de Gruont-les-Bains, elle déguisée en cookies et lui en clavier Querty. Pourquoi plus en Querty qu’en Azerty ? Tout simplement pour avoir le Q mieux placé. Et ils seront les heureux parents du premier BBB, le premier bébé blogueur. CQFD

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Il y a 1 sujet et 1 message en réponse à cet article.
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  • Le blog : entre médiocrité et confession d’auto-ratage ?
    30 mai 2006 à 15:48, par Frédéric Postel

    Et il y aura de plus en plus de blogs ! A l’heure de l’individu qui se réalise non pas de manière individuelle mais de manière banalement égoïste, on imagine péniblement comment des millions d’individus, souffrant de médiocrité et d’anonymat, pourraient résister à l’envie de se livrer sur blog, sorte de pré-refuge à la dépression et au ratage personnel. Au moins le ratage personnel devient-il moins lourd à porter, s’il est raconté à des inconnus dans un blog ...

    Blog de Juppé, blog des amis bretons, blog d’une certaine nathalie du Lubéron ou encore blog de la mairie de Paris, tous dissimulent mal le ratage personnel ainsi que cette forme de médiocrité moderne qui est l’incapacité d’auto-critique et donc ... d’auto-censure !

    Enfin, en tant qu’immense autoroute des idées reçues, les blogs effraient davantage qu’ils ne fascinent. Les blogs sont, malgrè les efforts (parfois énormes) de ceux qui les commettent, un véritable triomphe de l’illettrisme et de l’inculture de masse. Si quelques blogs sont pourtant intéressants, ils ne rachètent pas les millions d’autres blogs parfaitement inutiles.

    Plus grave encore, d’innombrables blogeurs tendent à usurper sur leurs blogs l’identité et le travail des professeurs, des historiens, des artistes, des philosophes et des travailleurs sociaux. En ce qui concerne la réalité historique et l’histoire de la pensée, c’est là une chose préoccupante que des individus non-compétents et non-investis d’une quelconque responsabilité morale (y compris personnelle) sévissent sur les blogs en donnant "leurs impressions" de la réalité historique et en parodiant la philosophie grecque, citoyennement éxercée. Le travail de pensée ne peut pas se faire sereinement dans les lieux de passions et d’affects que sont les blogs.

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