
A scanner darkly
Après deux heures de queue, on est vraiment content de s’asseoir dans une salle de cinéma. Car Cannes c’est un peu la Fête du cinéma du temps où elle ne durait qu’un seul jour, et sur dix jours ! On se presse, on se pousse. Même lorsque le smoking est de rigueur, les bonnes manières ne sont pas toujours au rendez-vous. M’enfin, la France a perdu en standing. Je ne veux même pas jouer le réac, mais il faut bien admettre que la mauvaise pente n’est pas prête de se redresser. C’est bien simple, dans les rues, les jeunes filles sont habillées comme des comédiennes prêtes à coucher pour un premier rôle - des putes, si vous préférez - et les jeunes cailleras se mettent sur leur trente-et-un en oubliant qu’il leur suffit d’ouvrir la bouche pour être cramé. « Pauvre France » cabotinait Jean Lefèvre.
Revenons au film. Richard Linklater, réalisateur américain, a deux actualités. Il est tout d’abord en compétition officielle avec Fast Food Nation, dénonciation globale de la chaîne alimentaire. Son deuxième film, A scanner darkly est projeté dans la catégorie Un certain regard. Il s’agit d’un film d’animation, où les personnages sont incarnés par quelques comédiens reconnus : Keanu Reeves, Winona Ryder, Robert Downey Jr. et Woody Harrelson. Il semble que certaines scènes aient été jouées, puis redessinées ensuite.

Le scénario est tiré d’un roman de Philip K.Dick : Substance Mort. « Substance M » est une drogue très dangereuse qui, à long terme, provoque de graves crises d’hallucinations. Et rien de tel qu’un film d’animation pour intégrer naturellement, sans effets spéciaux, de tels dérèglements de nos sens. De plus, le héros, Bob Arctor, est un policier spécialiste des missions d’infiltrations. Il lui suffit de se vêtir d’une combinaison spéciale, modifiant en permanence ses traits et vêtements, pour passer inaperçu, ou pour adopter une identité existante. Et là l’animation est au service de l’imagination de Philip K. Dick. Cette fameuse combinaison est très bien rendue par un continuel changement de visage et de vêtements. Retour à l’histoire : à la brigade des Stup’, personne ne connaît la véritable identité de Bob Arctor. Il côtoie certes quelques amis drogués, carburant à cette fameuse Substance M. Sa mission se complique lorsque son patron lui donne l’ordre de s’espionner lui-même. Commence alors pour Keanu une inexorable descente dans l’absurde et la paranoïa, avec troubles de l’identité à la clé !
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